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Combat de Nègre et de Chiens

Bernard-Marie Koltès

 

France

Bernard Marie Koltès, les mots meurtriers
Bernard Marie Koltès, mort en 1989 à 41 ans, a su garder jusqu’à la fin le charme inquiétant de son sourire adolescent, l’acuité de son regard. Son premier coup de cœur théâtral date de ses vingt ans : Maria Casarès dirigée par Lavelli dans Medea. Il habite Metz, s’en va à Strasbourg, où l’accueille le directeur du TNS Hubert Gignoux qui le pousse à l’action, en parle à Patrice Chéreau.
Avant que s’engage une collaboration essentielle pour l’un comme pour l’autre, ici et là ont lieu divers essais. Puis, en 1981 un événement : au Petit Odéon, Richard Fontana dirigé par Jean-Luc Boutté joue la Nuit juste avant les forêts. Monologue d’un garçon en quête de l’autre, en errance dans les rues glauques de la ville, étonnant mariage de lyrisme et de simplicité. Fontana n’a peut-être jamais été aussi mystérieusement émouvant, l’écriture de Koltès habite les acteurs.

L’autre
Ceux réunis par Chéreau pour inaugurer en 1983 sa direction aux Amandiers de Nanterre avec Combat de nègre et de chiens, composent une distribution éblouissante. Tout se passe sur un fragment d’autoroute cerné par des phares et des vrombissements de voitures. Il y a là deux ingénieurs paumés, des Blancs. Plus un Noir qui vient du dehors. Koltès est fasciné par les différences entre les êtres, entre les continents. L’Amérique latine en particulier le Guatemala. Les Etats-Unis en particulier New-York. Par l’Afrique toute entière, et sa culture et ses peuples. Sa brève existence sera traversée de nombreux voyages. C’est toujours l’autre qui l’attire, celui qu’il ne sera jamais, qu’il croisera sans le rencontrer, qu’il aurait pu aimer.

La maison des Alandiers
Chéreau-Koltès, union de deux contraires : la violence charnelle de l’un, l’anxiété insondable de l’autre, et le théâtre pour les réunir. Dire leurs révoltes, leur vision déchirée du monde et de la vie. Leur complémentarité est si évidente que pendant longtemps, personne en France n’envisage d’affronter une pièce de Koltès dont les Amandiers restent en quelque sorte la maison, même si, pour des raisons pratiques, en 1989 Retour au désert avec Jacqueline Maillan est créé à Paris au Rond Point. Auparavant, en 1986, Nanterre fait découvrir une humanité désemparée aux frontières de la mort, en un lieu qui pourrait être un dock new yorkais ou l’antichambre de l’enfer : Quai Ouest. Suit en 1987, Dans la solitude des champs de coton, les deux premières versions de cette œuvre que Chéreau aura du mal à quitter, qui marque une rupture. Parce qu’il s’agit de l’affrontement entre deux hommes que le désir réunit et sépare. Entre dealer et client. Entre un Blanc Laurent Mallet, et un Noir Isaac de Bankholé, dont Chéreau reprend le rôle. Koltès le supporte mal : un Noir est un Noir.

Un adieu
Alors c’est Peter Stein, qui à Berlin et en allemand crée en 1990 Roberto Zucco, chute vers le soleil d’un homme réfugié sur le toit de sa prison. Mais en 1995, face à Pascal Greggory, Chéreau retrouve le dealer, inoubliable adieu à Koltès, devenu depuis l’un des auteurs les plus joués en France.

© CRIS

Colette Godard

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© Comédie de Valence