Absinthe

mise en scène Pierre-Yves Chapalain

 

Intentions de mise en scène

par Pierre-Yves Chapalain

Septembre 2009

« Il y a en notre âme une mer intérieure, une effrayante et véritable mare tenebrarum, où sévissent les étranges tempêtes de l’inarticulé et de l’inexprimable et ce que nous parvenons à émettre en allume parfois quelque reflet d’étoile dans l’ébullition des vagues sombres…Je voudrais étudier tout ce qui est informulé dans une existence, tout ce qui n’a pas d’expression dans la mort ou la vie, tout ce qui cherche une voix dans un cœur. Je voudrais me pencher sur l’instinct en son sens de lumière, sur les pressentiments, les facultés inexpliquées, négligées ou éteintes, sur les mobiles irraisonnés sur les merveilles de la mort, sur les mystères du sommeil… » Paul Gorceix, préface des « Fragments » de Novalis.

Une histoire de famille… Lorsque la pièce commence, Absinthe, la fille de la maison, a quelque chose en elle qui la tourmente… Shttps://extranet.theatre-contemporain.net/img/barrewiki/bt_br.pngous l’apparence d’une famille ordinaire est peut-être en train de se révéler quelque chose d’extraordinaire… Un peu comme une Electre d’aujourd’hui, Absinthe n'est pas prête à laisser son entourage tranquille… « Elle qui était si gentille… » Pourquoi ?

Du fond du passé, Absinthe ramène à la surface des histoires, des faits, auxquels nul ne semble vraiment s’intéresser. Elle ne parvient pas à nommer précisément ce dont il s’agit, mais elle a ce pouvoir de chanter le « non encore connu ». C'est un rêve qui l'éveille à ce pouvoir, ou plus exactement : un homme qui lui parle à l’oreille durant la nuit. Elle hésite à remettre en question tout ce qu’elle avait toujours cru être vrai jusque-là. Ça s’interroge en elle, pourquoi écoute-t-elle cette voix ? Son comportement change, les autres ne la comprennent plus… Un chant lui monte de l’oubli, un chant qu’elle laissera sortir, tranchant comme une vitre brisée.

« Qu’est ce donc en nous qui ment, vole, assassine ? Quelle partie de moi-même trompe l’autre ? » Georg Büchner, Lenz.

Qu’est ce qui nous pousse à franchir un cap d’où l’on ne peut revenir qu’après avoir tout oublié ?
Car il faut oublier pour pouvoir se fondre à nouveau dans le quotidien. Même les plus terribles criminels peuvent faire comme si… et oublier. La tête creuse, ils accomplissent mécaniquement les gestes du quotidien ; une mécanique comme un instinct de conservation. « Sans l’habitude, je ne sais pas ce que l’on deviendrait, heureusement qu’il y a l’habitude, ça permet de continuer. »
Mais quand quelqu’un n’oublie pas, que ça remonte, quels remous, quel vertige cela provoque ?
L'histoire d'Absinthe est comme un jeu qui cherche à voiler/dévoiler une espèce de nature plus profonde, implacable, qu'il est nécessaire de connaître, comprendre aussi peut-être (essayer du moins) pour s’en affranchir, pour dégager l’horizon… Et trouver peut-être quelque chose de beau !
Une histoire qui tâtonne au bord du gouffre, jongle avec les paradoxes, les contraires entre lesquels il n’y a apparemment pas de lien : « Comment reconnaître qu’il y a un lien entre la pomme qui tombe et la lune au loin qui ne tombe pas ! »

L’action se déroule au bord de l’océan, sur des terres arrachées à la mer par une digue…
L’océan comme un miroir de nos passions intimes : « Regardez le flux et le reflux de la marée…
Quelqu’un qui comprend de manière intime ce phénomène évitera de se fourvoyer dans un cul de sac, parce qu’on est agi par cela aussi ! Sans qu’on puisse rien y faire ! »
L’espace sera conçu pour laisser vivre ce monde « infini autour » ; et donner la sensation d’une transpiration, comme un goute à goute tombant dans un seau…
Les acteurs devront puiser en eux pour être crédibles et authentiques…
Il y a une fantaisie dans cette histoire qu’il ne faudra pas négliger… Mais comment la faire ressortir dans toute sa nécessité ? Une fantaisie nécessaire pour vivre…

français

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