Absinthe

Le texte de Pierre-Yves Chapalain

 
 

français

Début du premier chapitre

L’HOMME À MOUSTACHE : Quand ma mère était en train de calancher sur son lit de mort… Elle a voulu nous dire quelque chose à mon frère jumeau et moi…
En tant que garçons intelligents et précoces, elle a sans doute tenu à nous confier une chose importante, une sorte de secret… mais elle s’est exprimée… comment dire… elle s’est exprimée dans une langue qu’on ne comprenait pas, la première qu’elle sut parler peut-être, à peine sortie du ventre comme une fuite d’eau…
Une sorte de langue qu’elle broyait comme du gravier dans la bouche…
Mon frère et moi… on est restés sans bouger à rien comprendre (Absinthe sourit en regardant le public)
Ma mère parlait, parlait et puis comme nous ne comprenions rien du tout mon frère et moi, mais alors ce qui s’appelle rien du tout ! Elle s’est assise sur son séant pour venir plus près de nos oreilles et comme à nos têtes elle a bien vu que ça rentrait pas mieux dans les tuyaux… Notre mère s’est mise à nous crier dessus pour qu’on entende quand même l’importance de ce qu’elle avait à nous dire… Et elle est morte en nous gueulant dessus, en nous hurlant sur le visage…
Mon frère Jean est devenu sourd comme un pot ! Et moi j’ai commencé à grincer des gencives… Et on a pris tous les deux dix ans incrustés direct dans le visage !
Comme si le message était quand même passé finalement, sans qu’on comprenne rien, mais alors rien, pas l’once d’un quart de phrase… Mais une chose nous a été quand même transmise… Une chose enfouie quelque part dans le hurlement de ma mère et qu’on n’arrive pas à mettre à nu… Mais elle (en désignant Absinthe), elle a le talent qu’il faut pour commencer de découvrir cette chose… Oui… Elle est capable de déchiffrer le hurlement de ma mère à la toute fin…

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