Absinthe

Le texte de Pierre-Yves Chapalain

 
 

À propos d'"Absinthe"

Entretien avec Jean-Yves Chapalain

Pourquoi ce titre, Absinthe ?
Il y a un tout un imaginaire lié au mot « absinthe ». L'alcool, les nombreux tableaux, la folie et la dépendance qu'elle entraîne, etc.
J'ai pris ce mot pour titre pour donner une couleur, une ambiance à ce qui sera présenté sur le plateau. Lorsque j'écris un texte, je me projette d'emblée dans ce qu'il va pouvoir rendre sur la scène. Puis le texte comme l'histoire évoluent au contact des acteurs. On peut dire qu'Absinthe donne à entendre une certaine folie.

Avec Absinthe, quelles sont les thématiques que vous avez voulu aborder ?
L'histoire d'Absinthe, l'héroïne, est en fait celle d'une usurpation. J'entends le terme d'usurpation dans le sens de la colonisation. Le colon prend tout, à tout le monde, et cela dure jusqu'au jour où quelqu'un ose dire « non » et parvient à soulever les consciences.
On pourrait recouper cette histoire avec celle d'Electre de Sophocle ou Hamlet de Shakespeare.
Il y a dans Absinthe un jeu constant sur le vertige et le double. Au départ tout le monde est de bonne foi, tout semble être posé et calme. Cela paraît tout bonnement être l'histoire d'une famille en apparence normale. Mais très vite, on s'aperçoit que tout l'équilibre repose sur un fil. Sans oublier que, dans le texte, la frontière entre le rêve et la réalité est très souvent floue. Un peu comme dans les films de Luis Buñuel.

Quelles autres influences peut-on déceler dans Absinthe ?
L'ambiance de carnaval viendra renforcer cette impression de dualité, de montré et caché, de réel et d'imaginaire. C'est une période où tout est permis, où les masques sont très présents. C'est aussi un vecteur d'énergie vitale, de tension dramaturgique. Une autre influence possible de la pièce est la légende de la ville d'Ys, une vieille légende celte dans laquelle on retrouve certains éléments communs à mon texte (les clés, la digue notamment). Il s'agit de l'histoire d'une ville engloutie par la mer. Pour résumer, Satan, déguisé en beau jeune homme, séduit la princesse pour mieux la tromper. Il veut obtenir d'elle les clés des portes de la ville afin de la livrer aux flots.
J'ai toujours été attiré par la mer, ses légendes, ses paysages et l'ambiance qu'elle dégage : celle du danger, que tout peut disparaître sans résistance possible. Les gens de la mer vivent dans ce rapport constant au danger.
Quand tout à l'heure je parlais de l'histoire d'Electre ou d'Hamlet, j'y voyais aussi un parallèle possible avec la mer. Comme ces personnages, tout le monde peut se retrouver dans cette situation d'engloutissement soudain. Je veux faire remonter une part de nos origines monstrueuses dans mon texte.

Vous accordez une grande importance à l'environnement (sonore et visuel) des personnages. Comment cela va-t-il être retranscrit dans votre mise en scène ?
L'ambiance de bord de mer a quelque chose de très sensoriel. On retrouve d'ailleurs cette sensation à la lecture des écrivains irlandais (Shaw, Beckett, Synge). La présence menaçante de la mer vient aussi apporter une part d'absurde.
La mise en scène d'Absinthe ne sera donc pas quelque chose de mental. Elle prendra forme à partir d'un travail concret sur le plateau. Je serais très attentif à ce qui se dégage de la scène et au travail des comédiens. Je confronte toujours le texte au plateau, puis je réadapte mon manuscrit en fonction de ce qui en émerge. Mon objectif est de faire un objet vivant. L'espace scénique ne représentera donc pas un lieu. La mise en scène sera assez sobre et assez artisanale. Il faudra trouver les signes qui feront sens.
J'ai plus envie de donner à sentir une ambiance plutôt que de proposer des images fermées. A cette étape du travail, nous avons déjà constitué une importante base de données sonores. Le son, la lumière et la dramaturgie doivent évoluer ensemble. C'est un processus de création véritable : l'un vient construire l'autre.

Le texte est construit sur plusieurs niveaux de lecture, une action ouvrant une nouvelle boite de Pandore. Pourrait-on parler d'une « écriture de la strate » ?
J'accorde une grande importance aux intrigues. J'essaie de faire en sorte de trouver un équilibre pour que l'une n'écrase pas l'autre. Le texte ouvre continuellement des trappes.
Absinthe peut aussi se percevoir comme une allégorie de la parole inarticulée. Nous voulons faire entendre ce qu'il est impossible de transcrire. L'héroïne est dépositaire d'un secret qui est un mystère pour tous.
Elle souffre aussi de problèmes respiratoires. Tout ce qui lui arrive se passe à l'intérieur d'elle-même. C'est de l'ordre du fantastique. On ne peut pas mettre de paroles sur cet état. L'imaginaire du public doit pouvoir rencontrer de plein fouet le spectacle. Chacun doit ainsi pouvoir y voir quelque chose de personnel. Je veux m'assurer que quelque chose d'innommable naisse du plateau à chaque représentation.
C'est pour ça que je demande aux acteurs d'être continuellement dans l'action. Ils doivent être capable de s'approprier le texte pour en comprendre l'ambiguïté, pour ouvrir sur des images. Leur jeu doit pouvoir rendre limpide une langue apparemment incohérente.

par Elsa Kedadouche, Christophe Pineau et Emilie Simon

français

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