La Cantatrice chauve

mise en scène Jean-Luc Lagarce

 

Extrait : préface de Colette Godard -"Traces incertaines"

Éditions Les Solitaires Intempestifs (2002)

Quand Jean-Luc Lagarce a monté La Cantatrice chauve, il s’est amusé à pousser Ionesco dans ses retranchements, à le mener à l’extrême de l’absurde et du non-sens, et il y est arrivé. Créé à Montbéliard, le spectacle a pu être présenté dans de grands théâtres, sur de vastes scènes, à des années-lumière de ce qui se fait depuis quelques vingt mille représentations – depuis 1957 sans interruption – à la mini salle de la Huchette.
Dans des couleurs chromo mais ravissantes, avec jardin et cottage tout juste arrachés au couvercle d’une boîte de bonbons anglais, La Cantatrice de Lagarce devenait une époustouflante folie, avec un tourbillon de cinglés courant après leurs marques comme s’ils s’étaient trompés de plateau, mais ne craquant pas au contraire, se faisant un devoir d’assumer avec une sorte de naturel la situation. Quelque chose – la délicatesse en plus – entre les Monty Python de La Vie de Brian et le Peter Greenaway de Meurtre dans un jardin anglais, plus un zeste des feuilletonesques Atrides américains, genre Dallas et Dynasty fort à la mode en ces années-là, aussi médiatisées que la real télévision de notre XXIe siècle. Populaires, donc.
Et le plus étrange, le plus séduisant était peut-être cette sensibilité nostalgique sous-jacente, quelque chose comme un regret fugace qui, par instant, le temps d’un éclair, d’un souffle, traversait le spectacle, interrompait le rire, laissait un écho d’inquiétude, rapidement évacué. Mais qui, insensiblement, s’était ancré dans la tête, dans le cœur.

français

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