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Le Système de Ponzi

David Lescot

 

France

Il n’a jamais été question pour David Lescot de vivre ailleurs que sur scène, c’est d’abord la musique qui l’y a entrainé. Il en compose et en joue, guitare, trompette etc. Il s’est parfois produit aux terrasses des cafés, ou même dans la rue et il aime ça. Il est fasciné par le music-hall, le vrai, sans tricherie, celui où à chaque représentation on joue le tout pour le tout.  «Ou ça passe, ou ça casse ».
Son écriture s’en ressent. D’abord parce que toujours, la musique accompagne les mots, les soutient, leur apporte la dimension d’un monde parallèle à inscrire dans la mise en scène. Il monte ses propres textes, parfois ceux des autres, il lui arrive aussi de faire l’acteur. Quant à ceux qui se confrontent à son écriture – ils ne sont pas rares, en France et au delà, car il est traduit et joué dans toute l’Europe – ils doivent obligatoirement comprendre et transmettre le rôle essentiel de la musique. Et aussi, et surtout : ils doivent impérativement s’avérer capables de retranscrire les finesses d’un humour pensif, les incertitudes de personnages confrontés à des situations au premier abord normales, progressivement soumises à une logique des plus singulières.
Le théâtre de David Lescot se situe aux frontières de mondes en phase active de métamorphose. Ainsi l’Association, sa seconde pièce, réunion de brocanteurs trafiquant des objets parfaitement incongrus, tout en entremêlant chansons et dialogues. Pratiquement sans rupture, car la rythmique des phrases et celle des notes s’enchaînent le plus naturellement du monde.
Qu’il raconte l’étrange relation d’un couple uni par un mariage blanc (Mariage, mis en scène par Anne Torrès en 2003) les effrayantes tribulations mentales d’un ambitieux qui à tout prix veut devenir plus performant (l’Amélioration, en 2004) le progressif dépouillement matériel et affectif d’un homme surendetté (l’Homme en faillite en 2007, prix du Syndicat de la Critique) la musique lui permet de creuser l’émotion tout en exposant des thèmes alternant le burlesque et l’intense dureté.
En 2007 également, Véronique Bellegarde crée l’Instrument à pression, trajet d’un musicien du solo jusqu’au groupe. Préoccupation récurrente chez David Lescot. Il va et vient entre les textes comportant quatorze personnages (les Conspirateurs, sa première pièce, qu’il a mise en scène en 1999) jusqu’au au monologue (l’Amélioration). Monologue encore en 2008 : la Commission centrale de l’enfance. Ses souvenirs du temps où ses parents l’envoyaient dans des colonies de vacances organisées par le PCF, avec en guise de madeleine proustienne sa vieille guitare rouge.
Entre temps, le metteur en scène belge Charlie Degotte crée l’Européenne. Là, c’est la foule : une assemblée d’intellectuels, d’artistes, d’interprètes, censés mettre au point un projet de « culture européenne ». En 2009, de Reims à Paris et en tournée, David Lescot reprend à son compte la pièce sous forme de revue de music-hall soutenue par une légère intrigue. On ne se refait pas.

© CRIS

Colette Godard

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