Les Chaises

Eugène Ionesco

 

France

Portrait de l'auteur

Eugène Ionesco est né à Slatima, en Roumanie, le 26 novembre 1909, d'un père roumain et d'une mère française. Après une enfance en France, ses parents désormais divorcés, il retourne vivre avec son père dans son pays d'origine à l'âge de treize ans. L'adolescent puis le jeune homme poursuit de brillantes études, qui le conduisent à devenir professeur de français. En 1938, deux ans après son mariage, la montée du fascisme le pousse à s'installer en France, où il travaille à une thèse sur "Les Thèmes du péché et de la mort dans la poésie française depuis Baudelaire".
C'est en 1950 qu'est créée sa première pièce, célèbrissime, La Cantatrice chauve.
Pourtant l'accueil, comme on le sait, fut froid, et la critique conservatrice exprima ses réserves dans les colonnes de la grande presse. Les pièces suivantes, La Leçon (1951), Les Chaises (1952), Victimes du devoir (1953), Amédée ou Comment s'en débarrasser (1954), connurent le même sort.
Malgré quelques admirateurs de la première heure, parmi lesquels Jean Paulhan, Raymond Queneau ou l'acteur Gérard Philipe, les salles restent vides. Il faut attendre 1957 et la reprise de La Cantatrice à la Huchette pour voir la roue tourner. Le cercle des admirateurs qui saluent ce comique né de l'absurde où l'insolite fait exploser le cadre quotidien s'élargit. Beckett et son Godot sont passés par là, et un public commence à naître pour ce théâtre nouveau, sans intrigue, qui met à mal la dramaturgie classique.
L'année 1960 est sans doute pour Ionesco celle de la consécration, après que Jean-Louis Barrault eut créé Rhinocéros (1958) à l'Odéon.
La pièce a donné naissance au personnage de Béranger, qui réapparaîtra dans Tueur sans gages (1959), Le Roi se meurt (1962) et Le Piéton de l’air (1963).
1966, ouvre à un auteur désormais reconnu les portes de la Comédie-Française avec La Soif et la Faim, suivie quatre ans plus tard par Jeux de Massacre, au théâtre Montparnasse.
Lorsque, en 1970, Ionesco est reçu à l'Académie française, il lui reste une pièce majeure à écrire, Macbett (1972). Son œuvre, cependant, est loin de se limiter au théâtre et compte par exemple des essais, parmi lesquels Notes et contre-notes (1962), Un Homme en question (1979), ou encore un roman, Le Solitaire (1973). C'est peut-être une citation extraite de ce roman qui nous donne une clé d'entrée dans La Cantatrice, comme dans toute l'œuvre de Ionesco. « Je pensais, écrit-il, qu'il était bizarre de considérer qu'il est anormal de vivre ainsi continuellement à se demander ce que c'est que l'univers, ce qu'est ma condition, ce que je viens faire ici, s'il y a vraiment quelque chose à faire. Il me semblait qu'il est anormal au contraire que les gens n'y pensent pas, qu'ils se laissent vivre dans une sorte d'inconscience.
Ils ont peut-être, tous les autres, une confiance non formulée, irrationnelle, que tout se dévoilera un jour. Il y aura peut-être un matin de grâce pour l'humanité. Il y aura peut-être un matin de grâce pour moi. »
Cette pensée exprime sans doute bien l'ambiguïté d'un théâtre aux accents apparemment et évidemment comiques mais qui offre un versant plus sombre et tragique : le rire laisse transparaître une interrogation et une angoisse fondamentale face à l'absurdité possible du monde.
Ionesco est mort le 28 mars 1994.

Nunzio Casalaspro et Jean-Luc Deschamps

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© Serge Lachinov