Nous, les héros (version sans le père)

Jean-Luc Lagarce

 

Personnage

Sans doute, comme Antoine dans Juste la fin du monde, ne saurons-nous « jamais ce qui est vrai et ce qui est faux, la part du mensonge », la part du passé recomposé, ou de l’émotion présente – et changeante – de Louis, le fils, l’errant, le vivant revenu pour annoncer sa mort, sans le faire. Le fils, avec ou sans père, est un leitmotiv du théâtre de Lagarce. Et il refuse d’enlever son masque, ainsi Karl, le grand enfant clown de Nous, les héros. Tous ses personnages, Lagarce les a regardés, et il les connaît, de la vie ou de la littérature : ils appartiennent à sa sphère intime. D’où sa féroce tendresse pour les masques. D’où son (im)pudeur insolente lorsqu’il s’agit du sien. Il a monté Le Malade Imaginaire de Molière, et La Cantatrice chauve de Ionesco. Il n’était pas un auteur innocent.

Odile Quirot, journaliste, critique