Nous, les héros (version sans le père)

Jean-Luc Lagarce

 

Maladie

Il est très difficile de concevoir aujourd'hui ce qu'a été le sida dans les années 1980. Des millions de morts que l'on ne savait pas soigner. Des mécanismes de transmission ignorés. Des malades traités comme des pestiférés (on a longtemps « cru » que seuls les homosexuels et les toxicomanes, faciles à rejeter socialement, étaient atteints). Le premier test de dépistage a été mis en place en 1983, après la découverte du virus par l'équipe du professeur Luc Montagnier à l'Institut Pasteur (co-prix Nobel de médecine 2008 avec Françoise Barré-Sinoussi). Quand Lagarce apprend sa séropositivité en 1988, il sait que c'est une condamnation à mort.

Martine Silber, journaliste, blogueuse

Mort

Qui peut, qui ose, qui sait parler de la Mort, sinon un artiste (ou peut-être un assassin) ? La mort exerce sur Lagarce un attrait constant, comme on peut le lire maintes fois dans son Journal, même avant de se savoir séropositif. Elle plane dans ses pièces comme un brouillard de fumigène. Elle est souvent discrète et légère comme une fée maléfique, ou douce et candide. Elle se situe dans un futur qui se rapproche. Elle semble presque convenable. Et puis, dans une solitude insoutenable, se matérialise par un cri.

Martine Silber, journaliste, blogueuse