Nous, les héros (version sans le père)

mise en scène Guillaume Vincent

 
Avec : John Arnold, Émilie Incerti, Florence Janas, Sylvestre Lambey, Nicolas Maury, Annie Mercier, Sébastien Roch, Katrin Schwingel, Émilien Tessier
François Fauvel (Création lumières) , Marion Legrand (Scénographie) Marion Stoufflet (Dramaturgie), Marion Legrand (Accessoires et costumes), Nicolas Joubert (Régie générale)

par Marion Stoufflet et Guillaume Vincent

On peut aller toute l’existence sans rien ni personne et danser seul comme un animal imbécile, rien ne vous décourage et pourtant, depuis longtemps déjà, les autres ne vous voient plus.
On se raconte une fois encore à soi-même, l’histoire avant de s’endormir, on s’imagine encore, on ne renoncera jamais que définitivement.

Une troupe perdue quelque part au centre de l’Europe doit ce soir-là, au sortir de la scène, fêter des fiançailles. Jean-Luc Lagarce a écrit Nous, les héros pour des acteurs, pour La Roulotte, la troupe qui l’accompagnait lors de son spectacle Le Malade imaginaire. Et c’est justement d’une troupe d’acteurs dont il est question ici. Peut-être très différente de sa propre “famille de théâtre”, sauf si –
La fête se prépare, et alors qu’on est censés se réjouir, personne n’arrive à faire semblant. “Aussitôt en coulisses les pires vices moraux éclatent à nouveau au grand jour.” Le conflit est toujours sur le point d’exploser. On discute. On se déchire à propos de la distinction entre comique et risible. On voudrait ne pas céder sur la longueur et la qualité de ses rôles. On s’interroge sur la meilleure façon de faire la guerre : sous les drapeaux ou sur la scène ? Car la guerre est imminente. Et Nuremberg semble le seul horizon mais comment y aller ? Faut-il y retourner d’une traite ou passer par des stations intermédiaires, pour jouer en chemin ?
Les affaires de la troupe marchent mal, la petite entreprise familiale voudrait ne pas déclarer ses employés, c’est dans leur intérêt. Il faudrait faire la fête pourtant, et pour une fois se choisir, “renoncer à cette vie sans désir”, quitte à partir. Mais ici on ne se dit adieu que pour signifier que l’on reste. Voilà comme on se fiance. Et c’est en restant que l’on “devient étranger l’un à l’autre”. C’est en restant que l’on disparaît. Seuls ensemble. On voudrait que les autres, les nôtres, nous “sauvent”. Le fils propose un changement de répertoire ; une pièce dans la pièce, récit d’un opéra, met en scène une jeune femme :
“Karl : Elle est en train de se noyer. Max : Le héros la sauve. Karl : En ça qu’il est un héros.”
Nous, les héros. Qui sont les héros ici ? Les acteurs justement.
Mais de quoi ?

- Si nous ne faisons rien, cette fête ne ressemblera à rien.
- La fête ? Quelle fête ? Il était question d’une fête ?

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