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Un nid pour quoi faire

Olivier Cadiot

 

France

« Je n’ai pas une grande culture théâtrale » prétend Olivier Cadiot, auteur d’une dizaine de pièces et traductions, et qui ne craint pas les paradoxes, au contraire. En fait, c’est vrai, ses débuts le conduisent vers une poésie, d’ailleurs moins destinée à la lecture qu’à la voix, et dite sur scène par l’auteur lui-même. Un courant lié au mouvement Fluxus, fluctuant comme son nom l’indique, au gré des années, de John Cage à Marcel Duchamp en passant par Ben - entre autres originaux. Tout naturellement, cette route le mène vers la musique et le théâtre.
Olivier Cadiot écrit pour Rodolphe Burger, Bashung, Aperghis, rencontre Ludovic Lagarde, qui lui demande une pièce. Une vraie, avec deux hommes et trois femmes. Ce sont les seules contraintes, et ce sera Frères et sœurs, où déjà l’on rencontre, derrière la simplicité des mots et la complexité des phrases, cette sensibilité extrême aux errances des sentiments. Mais la révélation vient six ans plus tard : en 1999 le Colonel des zouaves. Il faut dire que la préparation fut complexe. On attendait une pièce, on eut un récit.
-« Je savais qu’il y avait Laurent Poitrenaux, alors j’ai écrit un monologue. Une didascalie vivante. Les didascalies, si on les met bout à bout, elles composent un roman, très vite on arrive à la Recherche du temps perdu. Le problème : je n’écris pas en pensant à la scène. Et puis il arrive que ça dure des mois, des années. Le tout est qu’à la fin, Ludovic Lagarde se dise d’accord ».
Il se dit également d’accord pour Retour définitif et durable de l’être aimé. Un défi que l’auteur pense insurmontable, relevé avec panache, après tout de même un long travail d’adaptation. On y retrouve l’idée d’un personnage solitaire, empêtré en lui-même. Ici, un Robinson jeté dans le monde contemporain, incarné par deux comédiens et une comédienne, avec musiques diverses et micros HF. Pour la suite, Olivier Cadiot va au plus simple. Enfin, tel est son but. En naît un texte dialogué, Fairy Queen, qui se passe chez Gertrude Stein et son amie Alice Toklas. Puis tandis qu’en compagnie d’un hébraïste il participe à une nouvelle traduction de la Bible, il revient à Gertrude Stein, en adaptant sa dernière pièce, presque autobiographique, Ou dit le très jeune homme. -« Progressivement, je me suis tourné de l’autre côté de la lecture, directement vers la scène. Non sans mal. Pour un livre je peux me permettre d’aller assez loin dans les images, de faire entrer une personne, ou deux, puis de brusquement les effacer. Le livre est une ardoise magique. Au théâtre, on transmet la responsabilité du passage au metteur en scène. Quelque chose que je n’ai absolument pas envie d’assumer. C’est merveilleux d’écrire, de travailler seul, tranquillement, puis d’entamer une négociation qui me renvoie à mon texte. Les phrases servent de guide, de base aux images, aux émotions. J’en apprends beaucoup sur mon travail, c’est utile. Le plus compliqué n’est pas tant d’écrire, mais de continuer à écrire sans devenir fou ».

© CRIS

Colette Godard

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