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Une visite inopportune

Copi

 

France

Copi, le principe d'incertitude

Le 20 novembre 1939, à Buenos Aitres, naît Raul Damonte, fils d’un journaliste suffisamment opposé au régime péroniste pour devoir emmener sa famille ailleurs (Uruguay, Haïti, New-York…)

Années 60, années latino
En 1963, Raul s’en vient à Paris, où une population latino-américaine tient le haut du pavé artistique, bousculant sans scrupule les lois de la logique et de la dialectique. Raul se rêve dramaturge. En attendant de mieux posséder la langue française, il dessine, vend ses œuvres à différents journaux. À l’époque, la presse se porte plutôt bien. Le Nouvel Observateur publie sa BD : les conversations, à vrai dire laconiques autant qu’absurdes (on les compare même à du Beckett) d’une femme assise de profil, avec des créatures bizarres. Dont un vague gallinacée. Et c’est la célébrité.

La difficulté de s’exprimer
Ainsi naît Copi (« poulet » en argentin), Dandy discret au sourire rêveur, aussi peu bavard que ses personnages, il règne sur la Place de la Contrescarpe, où se retrouve la dite population latino. Et Jérôme Savary, Français de souche mais né à Buenos Aire, et qui, le premier, en 1964, monte une suite de textes brefs.

Puis s’engage la collaboration Copi/Lavelli. Tous deux aussi différents qu’on peut l’être, habités par un même sens de l’incertitude. Lavelli entre de plain pied dans l’univers en déséquilibre de cet aventurier fragile, hanté avant même de se savoir malade, par la désagrégation des corps, en perpétuel dérapage identitaire, et dont l’écriture happe inexorablement les faux-semblants du langage. L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer , ce pourrait être le titre de son théâtre en général. Évidemment, il y a le problème, commun à tout exilé d’où qu’il vienne, de deux vocabulaires qui se croisent dans la tête. Mais en plus, naître là bas, c’est déjà être un enfant de l’exil.

Les Argentins
Copi est de tous les voyages. Sur scène, il trouve l’espace de toutes les métamorphoses en interprétant ses propres textes. Dont Loretta Strong, cosmonaute fuyant des rats libidineux, dans un foldingue parcours intergalactique. Texte qu’il a joué partout et en versions plus ou moins courtes selon l’humeur du soir. Son théâtre est traduit dans bien des langues, et bien des metteurs en scène français s’y sont essayé. Parfois même en ont donné de belles versions. Mais ce sont évidemment les Argentins qui, le plus profondément, en ont fait ressentir les souffrances, l’ironie singulière, la poésie rude.

D’abord Lavellii, puis Alfredo Arias, avec qui la collaboration commence en 1970 : Eva Peron, jouée par Facundo Bo en robe Dior, vue comme une femme se mourant de son cancer, entre une infirmière dépassée, une mère sadique, un époux inconscient…

Et puis en 1987, Copi meurt, et de Buenos Aires arrive Marcial di Fonzo Bo. Il rejoint son oncle Facundo, se fait remarquer comme acteur, et pour ses débuts dans la mise en scène (1998 à Barcelone, 1999 à Rennes) choisit Copi, des extraits de différentes pièces. Son rêve : les monter toutes, il y est presque arrivé. Il ne l’a donc pas connu, ne lui ressemble absolument pas, n’a pas même le même accent, et se coulant dans les mots, fait entendre comme jamais les angoisses, les troubles de Copi et comment, pour supporter la vie, il les a fait jouer.

Copi, dont on pourrait dire, en inversant la formule, que chez lui, le désespoir est la politesse de l’ironie.

© CRIS

Colette Godard

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